Il arrive toujours un moment dans la vie où le sablier du temps semble vous jouer des tours… où il semble figé, comme si votre grain de sable était collé au verre et regardait les autres se presser, se bousculer…
Ningyô, recueillie mourante par Alexandre, est persuadée que son temps s'est arrêté, qu'elle n'est rien d'autre qu'une poupée. Laure voit en Alban plus qu'un fou et se bat pour lui octroyer un semblant de liberté. Maël est fasciné par sa voisine qui l'aide à gérer sa transformation en vampire. Antoine, touché par Aurianne, prisonnière de son passé, tente de l'en sortir. Isaline, perdue dans l'écriture de ses romans, y invite Aliénor. Karine recherche un ange…
Suivez quelques grains de sable en décalage pour savoir si le temps est le remède de l'âme ou s'il suffit d'un grain pour tout chambouler…
~~~ Extrait 1: Alban et Laure (p18/19) ~~~
Il regardait par la fenêtre. Les oiseaux étaient libres dans le ciel. Dans le jardin des personnes se promenaient tranquillement. D'autres restaient assises plongées dans leurs pensées. Des gens en blouses blanches ou bleues déambulaient. Le vent soufflait doucement dans les arbres, décrochant quelles feuilles. Libres. Mortes.
— Comment tu te sens aujourd'hui ? Demanda Laure à son collègue.
Ce dernier la regarda un peu de travers. Laure était bizarre ces derniers temps. Elle ne pouvait pas simplement dire « comment vas-tu ? » comme tout le monde ? Enfin, travailler dans un hôpital psychiatrique devait forcément influencer.
— Je suis énervé.
— Très énervé ?
— Pourquoi tu me demandes ça ? Dit-il sèchement.
Laure nota sur son carnet, dans la colonne « humeur de l'infirmier » : très énervé. Elle attendit, le crayon suspendu au-dessus de l'autre colonne : « réaction d'Alban ». Son collègue ne faisait déjà plus attention à elle, il fallait qu'il donne ses médicaments à l'autre fou. Il ouvrit la porte et pénétra dans la pièce.
Des hurlements se firent entendre. Laure observa la scène de loin. Alban étroitement enfermé dans sa camisole de force s'était mis à crier dès que l'infirmier était entré. Il se jetait contre les murs matelassés de sa cellule. Il formait des sons sans aucun sens et sautait à pieds joints semblant écraser un objet invisible.
— Laure ! Viens m'aider, il a encore une crise, faut lui donner son médicament !
Laure ferma son carnet, le glissa dans la poche avant de sa blouse et pénétra dans la pièce. Elle était calme. Tout devrait bien se passer.
— Bastien, donne-moi le médicament. Je vais m'en occuper.
Son collègue haussa les épaules, lui donna les cachets et s'avança vers Alban.
— Tu peux sortir, je vais y arriver seule.
— Quoi ? T'as vu son état ? S'écria Bastien.
Confirmant ses dires, Alban poussa un cri suraigu et se laissa glisser à terre, roulant sur le sol, frappant sa tête contre le mur.
— Je t'assure que ça va aller.
Bastien ne se le fit pas dire deux fois, il quitta la pièce en grognant et claqua la porte derrière lui. Laure ne bougea pas d'un pouce. Elle s'assit simplement par terre et regarda Alban. Au bout de cinq minutes il était revenu à un état normal.
— Bien, maintenant il faut que tu prennes tes calmants.
Alban avala docilement ses pilules avec un verre d'eau.
A venir extrait 2 et 3: Karine, Antoine et Aurianne
Placebo © Lucille Néflier (Editions Amalthée)
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